samedi 27 août 2016

Il avait le don

1953. Louis avait été muté à la fosse Delloye et promu moniteur. Sans en faire de cas de cette promotion. Pas sûr qu’il connût ce mot. Quoique… Il ne s’en était pas vanté. Parler de ce qui se passait au fond n’était pas un sujet de conversation facile. Il avait pourtant avoué :
             Les mômes ne m’écoutent pas. ils foncent sans mettre le masque.
             Comme pour le carnaval ? avait demandé sa fille.
             Presque !
Louis avait sorti de sa musette une pochette de caoutchouc épais dans laquelle les mineurs glissaient le nez et la bouche. Un rectangle flasque et mouvant, collant de sueur et de charbon écrasé qu’elle avait d’abord tenu du bout des doigts, le bras tendu. Le mollusque semblait finalement inoffensif, alors elle l’avait essayé pour s’amuser. Quelques secondes, le temps de suffoquer et de paniquer quand l’odeur aigre et les poussières de menu s’étaient infiltrées dans ses narines. Le père avait ri, mais quand il parlait des galibots ou des nouvelles recrues, des Algériens, des Marocains, qui mouraient trop vite, il ne plaisantait plus.

(texte complet à lire dans les pages)

samedi 23 avril 2016

Sortie du roman NIEBIESKI VEUT DIRE BLEU le 20 mai 2016

Voici la bonne nouvelle : mon roman NIEBIESKI VEUT DIRE BLEU sortira en librairie le 20 mai.

J’ai ouvert un blog dédié à ce roman où vous trouverez quelques infos sur l’histoire et les thèmes évoqués.
Dans ce roman qui me tient à cœur, j'espère que le lecteur percevra mes émotions et qu'il portera un regard sur ses propres souvenirs avec une pensée envers ses ancêtres.

mercredi 28 octobre 2015

L'ULTIME (mystique fiction - la suite du texte à la demande si vous avez aimé)

À l’instant ultime, Ève saurait ce qu’elle devrait faire. Puisque c’était écrit. En réalité, ce n’était pas écrit comme un verset sur un précieux parchemin, mais parfois les choses s’imposent à vous de la même façon que si elles étaient gravées dans votre esprit. Vous savez confusément que vous agirez, puisque votre nature vous l’impose, et, pourtant, vous ignorez pourquoi. D’ailleurs, vous n’avez pas conscience que ce message existe et, ce qui est plus redoutable, qu’il ait pu être altéré entre-temps.
Soyons plus franc : il a été altéré.

L’époque des recensements était révolue. Et, pour d’autres raisons plus récentes, l’hôtel était presque vide. Mais il en fallait bien un, de même qu’il fallait bien d’un garagiste. C’était un hôtel tout à fait correct avec un drapeau, une large porte d’entrée et, sur la droite, la salle à manger. À l’autre bout de cette salle, deux femmes, la trentaine environ, riaient sans cesse. Comme deux gamines chahutant, l’une ajoutait du sucre plus qu’il n’en faut dans la tasse de l’autre qui lui chapardait ses croissants et elles s’échangeaient des blagues idiotes qui les faisaient bondir sur leurs chaises comme des guignols de foire.
Ce tapage grotesque résonnait dans la grande pièce carrelée. Ève s'en agaçait. Comment pouvaient-elles être si gaies, à peine levées ? Cela ne se faisait pas. Leur hilarité perturbait l'atmosphère et l'esprit de la jeune femme qui tentait vainement de se concentrer. Pour se rassurer et pour se disposer à... Le clac d'une cuiller sur le carrelage et les pouffements convulsifs qui s'en suivirent détournèrent à nouveau son attention. Ève perdit le fil de ses pensées et se surprit à craindre que cette interférence entre le monde futile de ces péronnelles et sa grande mission ne constitue une erreur de scenario, presqu'un contretemps. Un décalage. Ou alors un présage. A posteriori... Elle frissonna et ne fit aucun effort pour refouler cette idée puisqu'en effet, il tardait.

jeudi 2 juillet 2015

Coup de vent (une énigme estivale - texte complet sur demande)


Arcachon. 30 juillet. J’étrenne un nouveau cahier. Un nouveau stylo par la même occasion. L’appartement est superbe, immeuble moderne, blanc, dernier étage, terrasse en angle avec vue sur le bassin, l’île aux Oiseaux – sans oiseaux –, le Cap Ferret en embuscade, les bateaux qui voguent en rond, le soleil à cheval sur un petit nuage, le vent un peu fou qui ne se décide pas à choisir sa voie. Moi, c’est tout pareil. Chouette ! Ou mouette ! Histoire d’être en phase.

A côté, me domine une grande maison bourgeoise abandonnée, défraîchie. Son architecture détonne autant que celle de mon immeuble pyramidal. Elle jure dans ce décor balnéaire aux crépis écrus trop écrus, aux boiseries bleues trop bleues. Et c’est elle qui semble avoir tout faux. Ses murs de larges pierres travaillées sont incrustés de pans de briques rouges et chapeautés vers la rue par une terrasse bordée de colonnades de grès. L’arrière du toit perpendiculaire à la rue est étonnamment relevé de trois chien-assis en tuiles rouges, ce qui est plutôt typique des maisons du Nord. La dernière de ces lucarnes est immense et constitue à elle seule une pièce. Mais pour le reste, quel gâchis ! L’ensemble est crasseux, lépreux même ; les bois sont pourris et de nombreuses vitres sont cassées.

J’ai une vue directe sur la dernière chambre. Un des vantaux de la fenêtre garde un rideau plus que gris, l’autre est grand ouvert. Je n’aperçois qu’un vague escalier dans une pénombre brune. Jusqu’à ce que le soleil à l’est s’y engouffre et me dévoile un bout de lit bordé d’une couverture à grands motifs orange et marron. 

Mystère que ce lit oublié dans une maison délaissée. Et mystère aussi que cette maison morte au cœur de la ville ardente.

Attention à la marche en descendant du train (la menace permanente - texte complet sur demande)


Une petite histoire qui vogue entre 2010 et 2011 au rythme de quatre formules bateau parce qu’il y est surtout question de train. Ou de métro. De notre route, en quelque sorte. 

1. Attention à la marche en descendant du train, la menace 
2. Lundi, c’est jour de lessive, l’obligation
3. Demain, on rase gratis, l’espoir
4. Faut pas pousser Mémé dans les orties, la résolution 

  1 - Attention à la marche en descendant du train

Quand je me demande quel est mon destin – question que je me pose douze fois par an –, je m’empresse d’en imaginer un à ma guise et, inconsciemment, j’adapte mon comportement et mes choix de telle sorte que je parviendrai, peut-être, à faire coïncider le destin qui me botterait avec celui qui me colle aux fesses. Mais ce n’est qu’un leurre, car on a beau s’exploser la tête pour le programmer et brancher les bornes « plus » avec les bornes « moins », il suffit d’une étincelle pour que la bombe éclate.

Station Saint-Michel Notre-Dame. Le RER freine à mort... puis vomit des bras, des jambes. Quelques cervelles qui flottent dans une odeur de recuit.

À cran

Cette nouvelle est classée 3e ex-aequo parmi les 10 lauréats du concours La Vie des Livres 2015 et est publiée dans un recueil édité par les Editions Lunatique. Je remercie chacun des acteurs de ce concours pour cette opportunité qu'ils m'ont donnée et j'ai été ravie de faire la connaissance de plusieurs d'entre eux.

https://www.facebook.com/recueillaviedeslivres?ref=hl

Le blog des éditions lunatique
Avec Christophe Sueur animateur de l'émission
La Vie des Livres
lors de la remise des prix

À Esquelbecq le 4 juillet 2015
 avec Denis Albot lauréat classé 1er
lors de la Nuit des Livres




Crime de mots (une nouvelle sélectionnée parmi les 10 lauréats du concours La Vie des Livres 2014 - texte complet à lire sur le lien http)

Le soleil cuivré qui accélérait la moisson dans la plaine d’Hondschoote et le ciel bleu hypnotique ne rassuraient pas le fermier, l’orage de juillet viendrait ce soir ou demain. Sur une moitié du champ, un moelleux jaune de blé barbu ondoyait encore, dernier frisson avant d’être happé par le ballet acharné de la moissonneuse. À droite, les tiges coupées révélaient les sillons de terre craquelée et, sur ce tapis de fakir, les gosses du village couraient vers l’horreur. Ils criaient, excités malgré la touffeur. Ils hurlaient même, quand leurs sandalettes de plastique laissaient les pointes acérées leur transpercer les pieds. Plus ils approchaient, plus les vibrations résonnaient dans leurs corps et le bruit de « chap-chap » des pales coupantes les rendait hystériques comme les mouettes après le chalutier. Dans la cabine, le fermier, obsédé qu’un brin puisse s’échapper, avait les yeux rivés sur la tranche des épis. Il ignorait résolument ce nuage de moustiques attirés par le buffle en besogne, et bien trop près.

Quand les deux fils du fermier déboulèrent sur leur 203, crânant entre les ballots de paille comme au rodéo, les mioches à pied s’arrêtèrent, dégoutés. Leurs yeux bridés suivirent la mobylette qui s’emballa. Elle dérapa sur les tiges en brosse, un coup à droite, un coup à gauche, puis s’envola dans les pales de la moissonneuse. Les deux frères trop tendres ne purent résister. Le sang gicla mêlé de chairs hachées. Des tissus planaient ainsi que des cheveux et des doigts. La mobylette fit une boucle avant de bloquer la ferraille. Le silence figea le ciel, le soleil… Les mots restaient muets dans la gorge. Jusqu’à ce que les cris renversent le sablier.

http://www.pearltrees.com/laviedeslivres/concours-nouvelles-livres-2014/id11717050